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Résumé Séminaire GSRL du 06/12/2018

“Comment notre monde a cessé d’être chrétien : anatomie d’un effondrement”

 

Thème et orateur(s) :

 

Le laboratoire GSRL (UMR 8582) s’est retrouvé à Ivry-sur-Seine pour son dernier séminaire interne de l’année 2018, avec pour orateur principal Guillaume Cuchet, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris-Est Créteil et lauréat 2018 du prix d’histoire des religions pour son livre Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Anatomie d’un effondrement (Le Seuil, 2018, 288 pages). C’est cet ouvrage qui est présenté lors de l’exposé. Philippe Portier, directeur du GSRL, est le discutant.

 

Résumé :

 

Guillaume Cuchet a commencé par exposer l’angle choisi pour l’enquête historique. Il s’appuie en priorité sur les matériaux Boulard, du nom du chanoine et “sociographe” Fernand Boulard (1898-1977), pionnier de la sociologie quantitative des pratiques catholiques. L’objet du livre est de décrire et comprendre la crise de la pratique dans le catholicisme français dans les années 1960-70, une séquence révélatrice d’une crise plus générale du catholicisme de la période. Cette crise a produit ensuite des phénomènes de déchristianisation de masse, mais ce n’est pas l’objet du livre, centré sur ce qui s’est produit dans les années 1950-60, et qui a souvent été sous-estimé dans l’historiographie générale de la période. Guillaume Cuchet insiste sur le nécessaire travail de description, parfois oblitéré par des montées en généralité prématurées. “Quand, où, combien ?” L’auteur identifie deux facteurs de mutation. Le premier, interne, est une modification des contenus enseignés, favorisée par les réformes impulsées par le Concile Vatican II. “On a toujours le même dogme, mais en pratique, ce n’est plus la même religion”. En quelques années, des déplacements spectaculaires s’opèrent dans les contenus du catéchisme, qui déroutent beaucoup de fidèles. Le second  vecteur de mutation, externe, est l’essor de la société de consommation et de la civilisation des loisirs des Sixties : télévision, temps libre, contraception ouvrent l’horizon des possibles, et l’offre catholique traditionnelle en souffre. L’option défendue par Guillaume Cuchet est d’articuler causalité interne et externe, pour comprendre le “changement de format” spectaculaire qui fait basculer le catholicisme vers une pratique minoritaire. Dans ce processus, l’encyclique Humanae Vitae (1968) ne saurait tout expliquer. L’effet préalable de Vatican II sur les enseignements catholiques pèse lourd également. Pour retrouver une telle crise, nous rappelle Guillaume Cuchet, il faut remonter à la Révolution française. Mais ce qui distingue la crise des années 1960, c’est son aspect générationnel. C’est toute une génération qui porte la crise. Elle ne l’invente pas, mais elle la vit. En quelques années, on passe de 80% à 20% d’une classe d’âge à la communion solennelle. Un basculement très difficile à stabiliser pour les responsables. La crise s’est diffusée par transmission de la génération qui la porte, et qui transmet la faible pratique à la génération qui suit.

Philippe Portier a ensuite ouvert des pistes de réflexion très stimulantes. Il se demande si on n’assiste pas plutôt à l’effondrement d’une certaine forme de catholicisme, un catholicisme tridentin, axé sur la pratique, et non pas le déclin d’un catholicisme porté par une expérience vécue, par ce que les sujets croyants eux-mêmes y investissent. De nombreuses questions ont ensuite animé la séance, débattant notamment du poids respectif des thèses internalistes et externalistes, et de l’opportunité, ou non, de choisir ce cadre de réflexion pour comprendre le “plongeon des courbes”.

 

Mots clefs :

#BOULARD #CATHOLICISME #CHRISTIANISME #DECHRISTIANISATION #EGLISECATHOLIQUE #EUROPE #FRANCE #PRATIQUERELIGIEUSE #SECULARISATION

 (résumé SF pour le GSRL)