Séminaire GSRL du 28-03-2019

 

Thème et orateur(s) :

Le GSRL (UMR 8582) s’est retrouvé à Ivry-sur-Seine pour son troisième séminaire interne de l’année, autour du livre Loyautés radicales, l’islam et les ‘mauvais garçons’ de la nation, publié aux ed. La Découverte (2018) par Fabien Truong. L’après-midi a commencé, selon nos habitudes, par un tour de table pour présenter quelques publications et événements. A circulé le bel ouvrage co-édité par Valérie Assan (GSRL) aux Presses universitaires de Rennes sur les minorités religieuses en Méditerranée. Laurence Mabit annonce par ailleurs que les six candidates et candidat au conseil de laboratoire, sur un scrutin de liste avec fléchages, ont été élus. Félicitations ! Sébastien Fath signale ensuite le rattachement confirmé de Florence Bergeaud-Blackler, du CNRS, comme chercheure statutaire du GSRL. Cette dernière prend brièvement la parole pour se présenter. Fabien Truong, professeur agrégé au département de Sociologie et d’Anthropologie de l’Université Paris VIII, a ensuite pris la parole. L’exposé, très suggestif, a été utilement complété par une reprise effectuée par Hicham Benaïssa (GSRL), discutant, ouvrant à la discussion générale.

 

 

Résumé :

Fabien Truong nous expose les dessous de l’enquête socio-anthropologique qu’il a conduite en banlieue parisienne, principalement à Grigny. Il nous présente Adama, Radouane, Hassan, Tarik, Marley et… Amédy Coulibaly, figure phare des attentats de janvier 2015. Masculinité et violence, autant que religion, sont au coeur de l’analyse. Fabien Truong se propose d’étudier des cycles de vie, et fait le pari de revenir notamment sur Amédy et sa « vie d’avant », par un lent travail d’approche, gagnant peu à peu la confiance des vivants. Il nous décrit des trajectoires biographiques masculines de “garçons de cité” de milieu populaire. Ces itinéraires sont marqués par un processus de construction identitaire qui s’appuie sur des loyautés concurrentes. Loyauté envers le quartier, les copains, la famille, le passé. Mais aussi loyauté envers la Nation et son idéal méritocratique qui passe par l’école, et loyauté envers un capitalisme qui promeut l’individualisme, la compétition économique, une certaine virilité. Les contradictions abondent, les arbitrages oscillent. Fabien Truong prend bien soin de souligner que les évolutions vers la délinquance ne sont pas représentatives des garçons de cité. Mais c’est la subjectivité particulière de ceux qui évoluent dans ce sens qui a retenu son attention. La religion musulmane peut en arriver à se dresser comme une dernière ressource qui permet de retotaliser une expérience, d’affirmer honneur et prestige. Ce désir d’islam ouvre à des processus de conversion qui mêlent introspection, reconfiguration des priorités, changement de direction. “Mais aussi, parfois, une mise en scène spectaculaire qui transforme l’impasse en un cri de guerre”, comme l’indique le site de l’éditeur. C’est la sortie de l’impasse biographique qui est mise en avant via la ‘fabrique du guerrier’ et le souci de “consistance de soi”, sans pour autant valider tel quel le concept, jugé problématique, de radicalisation. Hicham Benaïssa complète ensuite le regard par une reprise fine qui souligne le rôle clef d’une épistémologie de la nuance, loin de la formule désastreuse “expliquer, c’est déjà excuser”. La discussion générale prolonge enfin une réflexion très riche, qui convoque notamment Stéphane Baud et sa “France des Belhoumi”.

 

 

Mots clefs :

#ANTHROPOLOGIE #BANLIEUES #FRANCE #HISTOIRESdeVIE #JEUNESSE #LAICITE #RADICALISATION #RELIGION #SOCIOLOGIE

 

(résumé SF pour le GSRL)