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Séminaire GSRL du 11/10/2018

Histoire comparée des relations entre laïcité et religion France/Turquie depuis 1905

 

Thème et orateur(s) :

Le laboratoire GSRL (UMR 8582) s’est retrouvé à Ivry-sur-Seine pour son second séminaire de l’année, autour d’une histoire comparée des relations entre laïcité et religion France/Turquie depuis 1905. Les orateurs, introduits par Marie-Dominique Even (CNRS), étaient Murat Akan, professeur assistant à Bogazici University, qui a présenté son ouvrage, et Jean Baubérot (directeur d’études émérite EPHE), discutant.

 

Résumé :

S’exprimant pour la première fois dans un tel cadre en langue française, Murat Akan a présenté un aperçu très complet de son ouvrage, intitulé The Politics of Secularism : Religion, Diversity and Institutional Change in France and Turkey (Columbia University Press, 2017). Il s’est appuyé sur une projection Powerpoint qui présente le plan et des sources, transcrites et traduites en français. L’auteur a adopté une approche de politiste, non sans exhumer des sources, afin d’étudier, de manière comparatiste, comment le champ politique s’empare de l’enjeu de la religion via débats parlementaires, forums, échanges épistolaires et campagnes de presse. Il nous met en garde contre les approches simplistes et binaires qui opposeraient acteurs séculiers (ou laïques) et partisans des intérêts religieux. Le champ des institutions et des idées révèle en réalité des tensions d’une grande richesse, qui s’organisent autour de trois types de position à l’égard de la religion : l’anticléricalisme, le libéralisme, et la religion civile. Il souligne que le dernier type, vers lequel évolue la Turquie contemporaine (alors que la France lui aurait tourné le dos en 1905) est très instable, et peut être nourri à la fois par un pôle républicain, mais aussi par un pôle religieux, non-républicain, ce qui s’observe aujourd’hui dans certains rangs de l’AKP en Turquie. Chemin faisant, Murat Akan revisite le débat qui oppose les partisans des modernités multiples (Eisenstadt) et l’essentialisme civilisationnel (Huntington). Il souligne aussi les phénomènes de circulation entre la France et la Turquie. Murat Akan pointe la réversibilité des arguments d’une période à l’autre. Paul Bert affirmait ainsi : “nous nous opposerions avec énergie à l’établissement de ces écoles séparées pour chaque culte… Il est bon, il est nécessaire que les enfants des juifs, des chrétiens, des libre-penseurs se rencontrent sur les même s bancs et y prennent l’habitude de l’estime réciproque et de la tolérance”. L’argument de la diversité vaut alors défense d’une même école pour tous…. Alors que ce début de XXIe siècle tend plutôt à lier diversité et écoles différentes.
Jean Baubérot a ensuite proposé une reprise critique, en revisitant les débats sur la loi de 1905 en France, en particulier autour de l’article 4. Abondant au refus de la pensée binaire exprimé par Murat Akan, il rappelle que la Séparation ne saurait être réduite à un conflit frontal droite / gauche, mais qu’elle a été établie sur la base d’un clivage entre républicains. Le séminaire s’est conclu par un riche débat avec les chercheurs présents, avec le voeu d’approfondir la réflexion théorique sur les “modernités multiples”.

 

Mots clefs :
#ANTICLERICALISME #ETAT #FRANCE #LAICITE #POLITIQUE #RELIGION #RELIGION-CIVILE #SCIENCES-POLITIQUES #SECULARISME #SEPARATION #TURQUIE
(résumé SF pour le GSRL)