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“Nous on se sauve nous-mêmes”. Sécularisation et identité paysanne en France de 1940 à nos jours.

Le cas de l’agriculture paysanne.

 

 

Soutenance de thèse de doctorat de Mathieu Gervais.

Date : 4 novembre 2015 à 9h15

Lieu : CNRS – Site Pouchet – 59-61 rue Pouchet, 75017 Paris – Salle 159

Composition du jury :

  • Mme Séverine MATHIEU
  • Mme Sylvie OLLITRAULT
  • M. Philippe PORTIER (directeur)
  • M. François PURSEIGLE
  • M. Bruno VILLALBA
  • M. Jean-Paul WILLAIME

Résumé

Quelle place occupe la religion dans l’engagement des agriculteurs-paysans français, soucieux de la nature ?

Pour répondre à cette question, nous déployons une approche sociologique historicisée de la construction d’une identité paysanne militante depuis la fin des années 1940.

À partir de la philosophie de Jacques Maritain, une pensée nouvelle de la modernité infuse le mouvement paysan via l’Action catholique. Contre le traditionalisme s’élabore une personnalisation de l’engagement chrétien et paysan, moteur de la modernisation des campagnes dans une mise à distance d’un ordre naturel, politique et social lié au catholicisme.

Plus tard, sous l’influence majeure d’un marxisme diffusé et retravaillé par des traducteurs chrétiens, une partie des agriculteurs progressistes radicalise ses analyses politiques et se rapproche de nouvelles luttes et de nouveaux acteurs sociaux tels que l’écologie.

Dans ce rapprochement, les institutions religieuses et le discours qu’elles entretiennent sur la nature se trouvent mis à distance. Toutefois, les conceptions politiques, sociales et économiques embrassées – conceptualisées dans l’agriculture-paysanne – conservent la trace d’un héritage religieux de plus en plus éthicisé. Cette éthique prend comme objet central le respect de la vie, et légitime des pratiques agricoles alternatives selon le primat du spirituel contre l’anomie moderne.

Autour de ce thème se fédèrent des profils variés, enfants d’agriculteurs et néoruraux, catholiques, agnostiques et adeptes de spiritualités diverses.

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Abstract

« We are our own saviors… ». Secularization and peasant identity in France, from 1940 until today : the case of peasant farming

What part does religion play in the practices of farmers concerned about the environment ?

To answer this question, we shall employ a sociological yet historical approach to the building of an activist peasant identity since the end of the 1940s.

At the time, based on the philosophical perspective developed by Jacques Maritain, a new understanding of modernity influenced the peasant movement via the Catholic Action. In reaction to traditionalism, this approach soon gave way to a more personal and individual conception of peasant and Christian activism, providing a new impetus for the modernisation of rural areas while marginalizing the natural, political and social order inherited from Catholicism.

Later, under the significant influence of a revised version of Marxism spread by Christian translators, some progressive farmers radicalised their political analyses and showed a growing interest in new battles and new social operators such as ecology. As a consequence, this new interest edged out religious institutions and their positions about nature.

Yet, today, the intertwined political, social and economic conceptions–conceptualised all together in peasant-farming–still retain the mark of a religious heritage in an increasingly ethical way. This ethical stance considers the right to life a core value, and finds legitimacy in alternative farming approaches on the basis of the prevalence of spirituality over modern anomie.

This topic brings together people from various horizons, such as farmers’ children, neo-rural individuals, Catholics, agnostics and spiritually diverse people.