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Genre, religions, sécularisations et laïcités

 

Axe de recherche du GSRL pour la période 2014-2018

 

Responsable : Florence Rochefort

 

Problématique et objectifs

 

Le programme Genre, religions, sécularisation et laïcités vise à analyser comment les univers religieux et les laïcités contribuent à la construction sociale du genre et réagissent aux mutations associées à la modernité et à l’ultramodernité dans différents contextes de sécularisation, de laïcité, de dé-sécularisation ou de transformations religieuses. Le développement des études de genre appelle désormais un approfondissement du côté des sciences sociales du religieux et des laïcités dans l’objectif d’enrichir les deux champs, nombre de notions étant convoquées dans l’un et l’autre (symboliques, rites, croyances, pouvoirs,…).

Il s’inscrit dans la suite des travaux menés au GSRL sur les femme et le genre depuis 2005 avec notamment la publication de deux colloques internationaux et pluridisciplinaires organisés par le GSRL : Rochefort Florence (dir.) Le pouvoir du genre, Laïcité(s) et religions, 1905-2005, Toulouse, PUM, 2007 et Rochefort Florence et Sanna Maria Eleonora, Normes religieuses et genre. Mutations, résistances et reconfigurations, Paris, Armand Colin, 2013.

Le concept de genre vise à dénaturaliser la notion de « différence des sexes » et mettre au jour un processus de construction sociale, politique, culturelle et religieuse de différenciation des catégories femmes et hommes, des notions de masculin et de féminin. Ces différenciations sont associées à une hiérarchisation des sexes et des sexualités et à des normes de féminité et de masculinité. Elles induitsent des qualités, des fonctions et des comportements forgés par des formes de pouvoirs marquées par la suprématie du masculin et la survivance de systèmes patriarcaux qui se recomposent. Différentes formes symboliques et de ritualisations participent de la construction de genre et tentent de la solidifier.

Ainsi, le genre organise – et est organisé par – des ensembles cohérents de représentations qui diffèrent selon les sociétés et les univers religieux, selon les contextes historiques et les aires géographiques. Le genre constitue un cadre cognitif de référents liés au masculin et au féminin qui préside à la pensée de la « différence des sexes » et aux modes de connaissances et d’explication du monde qui y sont associées. Le genre peut être appréhendé comme système hiérarchisé de pensée et de croyances qui codifie le masculin et le féminin, les relations entre les sexes, la normativité sexuelle.

Les univers religieux se sont modelés à travers cette grammaire des sexes au sein de traditions androcentrées et élaborent à leur tour des constructions de genre spécifiques, en interactions avec le social, le politique et le culturel. Il convient à la fois de cerner les spécificités et les interactions de ces configurations de genre au sein desquelles les femmes, même mises en positions d’infériorité et de contraintes, ont pu trouvé des possibilités d’action (d’ « agency » et d’ « empowerment »). La prédominance du masculin ne s’accompagne pas toujours d’une dépréciation explicite  du féminin ; elle n’écarte pas des représentations valorisantes et certaines formes de pouvoir féminin (un féminin qui peut concerner les hommes également) dont il faut interroger les effets et les limites. Il convient également de comprendre comment le genre du point de vue religieux entre en lien avec les autres systèmes de hiérarchisation et d’organisation sociale et politique (classe, racialisation, âge, contexte colonial ou post-colonial, ruptures politiques, démocratisation, pluralisme religieux, nationalisme…). A travers ces intersections, se forment des catégories d’hommes et de femmes et des types de relations de genre qui, au-delà des représentations, ne constituent pas des ensembles homogènes.

Dans la modernité et l’ultra -modernité, les remises en cause des « vérités » naturelles concernant le genre (contestations dont il convient de comprendre les formes et les acteurs, religieux ou non, qui les portent), ébranlent les socles des croyances religieuses qui s’adaptent, ou résistent et se crispent autour des approches biologiques des sexes, du rôle des femmes, de leurs droits et de leur liberté et autour des libertés sexuelles. Les évolutions sociales autour des sexualités et de l’homosexualité en particulier ont devenues des points majeurs de frictions mais qui ne concernent pas que les mondes confessionnels d’une part, et redessinent des courant au sein des diverses religions.

Un premier objectif du programme est de confronter les analyses disciplinaires de ces processus dans divers cadres confessionnels et dans le cadre d’études de la laïcisation et de la sécularisation pour cerner les modalités et les formes de construction du genre interne à des courants spécifiques relevant de ces champs en interactions avec les contextes sociaux, culturels et politiques.

Un second objectif est d’interroger, à travers la problématique du genre, les processus de sécularisation, de laïcisation, de mutation ou renouveau du religieux à travers les mutations de genre qui  sont à la fois des effets et des agents de ces transformations.

 

 

Mode de fonctionnement

 

Le programme Genre, religions sécularisation, s’est rapidement transformé en axe transversal à la suite du départ de plusieurs doctorants et de post-doc à l’étranger (Romain Carnac et Sara Teinturier notamment, puis Guillaume Roucoux) et pour mieux s’adapter à la structure du laboratoire.

 

— Entre 2012 et 2015  l’axe a fonctionné en séminaire

 

Florence Rochefort Normes religieuses et genre, une  problématique pluridisciplinaire 2 séances

Michaël Durand, doctorant Sciences PO analyse du groupe David et Jonathan

Céline Béraud, Univ de Caen : religions et femmes en milieu carcéral

Alfonsina Belilo, post doc GSRL : les femmes médium en Italie du Sud et l’Eglise catholique

Magalie Della Sudda, CNRS : l’engagement des femmes catholiques

Sara Teinturier, Post Doc GSRL : écoles catholiques hors contrat

Romain Carnac, doctorant GSRL :  mobilisations catholiques contre la théorie du genre

Guillaume Roucoux Doc GSRL : Les réaliens et le genre

 

 

— En 2015, il décidé d’organiser l’axe en colloque, journée d’études et publications collectives

 

 

Activités

 

Colloque « Les autorités religieuses face aux questions de genre », 22-23 mai 2014 organisé par les doctorants du GSRL rattachés à l’axe genre Romain Carnac, Dileta Guidi, Gwendoline Malogne-Fer, Guillaume Roucoux. Publication est en cours.

— Journée d’études « religions, jeunesse, genre » vendredi 12 juin 2015 a été organisée le par Florence Rochefort avec les groupes des doctorants et des post doctorants du GSRL (interventions de Florence Rochefort (GSRL), Romain Carnac (GSRL), Anthony Favier (Lyon 2), Yannick Fer (GSRL), Gwendoline Malogne-Fer (GSRL), Charles Mercier (Bordeaux 3), Sara Teinturier, Denise Goulart (GSRL), Vincent Soulage (GSRL). Elle a permis d’aborder la question de la jeunesse dans les mouvements religieux du point de vue du genre, de la mixité, des relations filles/ garçons en particulier dans l’histoire de la JOC, dans les JMJ, dans les mouvements de jeunes contre le mariage de même sexe, dans le protestantisme évangélique au Etats-Unis et en Polynésie française.

— Conférence de Jennifer Selby anthropologue, Université de Memorial, Canada, le 14 avril 2016 présentation de son article « Le Terroriste, le Patriarche et l’Homme éclairé : les figures qui hantent le quotidien des musulmanes ».

Présentation du numéro de la revue CLIO Femmes Genre Histoire sur « Judaïsmes genre et religion » paru sous la direction de Sylvie Steinberg et Leora Auslander organisée par l’axe transversal genre, religions, sécularisation et l’axe judaïsme le 3 février 2017 au GSRL.

Journée d’étude « Pratiques sexuelles et pratiques sexuées à l’âge séculier », co organisé à l’EHESS par deux doctorants rattachés à l’axe genre (Romain Carnac et Marion Maudet (doctorante INED en codirection avec F. Rochefort) le 23 mai 2016 dans le cadre des ateliers Condorcet. (F. Rochefort discutante).

Journée d’études « Mixité ou séparation des sexes dans les mondes religieux », le 13 juin 2017 a été organisée en collaboration avec le programme Asie (Marie Dominique Even et Caroline Gys) et l’axe Judaïsme (Sophie Nordman). Un appel à été lancé au sein du GSRL et  deux invités extérieurs ont été sollicités : Béatrice de Gasquet  (MC Université Paris Denis Diderot) et Josselin Tricou (Doctorant Université Paris 8). L’objectif de cette journée est d’échanger de façon transdisciplinaire sur des terrains très divers autour de la question de la séparation ou non séparation des sexes pour tenter de mieux cerner ce phénomène d’  « agencement des sexes », ses particularités religieuses en lien avec les organisations sociales et les contextes. La forme journée d’études/ atelier et la thématique transversale visent à stimuler des non spécialistes du genre à questionner leur terrain et à mettre en commun des données concernant ce sujet dans l’idée d’approfondir les cadres théoriques et méthodologiques de la thématique « Genre, différence des sexes, mixité et religions » et  de déboucher éventuellement sur un projet plus ambitieux de publication ou de colloque.

Séminaire international « Atelier Modernités et postmodernités religieuses », co-organisé par Rémy Bethmont membre associé au GSRL et membre de l’Axe genre, a tenu sa première séance les 22 et 23 mai 2017 à Paris à l’institut protestant de théologie intitulé L’inclusion du transgressif dans les institutions religieuses. Il s’agit de la constitution d’un groupe de travail international (France Suisse Royaume-Uni et Suède) qui entend mettre en commun leurs travaux sur les approches queer, féministes et postcoloniales du religieux. Le GSRL est partenaire de cette initiative. Chaque équipe nationale a organisé une réunion. TransCrit (Université Paris 8), Institut protestant de théologie (Paris), Groupe Sociétés Religions Laïcités (EPHE/CNRS), Institut Romand de Systématique et d’Ethique (Université de Genève), Humanities Research Centre (University of Keele).

Le GIS Institut du Genre du CNRS  a lancé en un appel en 2015 autour de son axe 9 Genre, Religions, Sécularisations porté et rédigé par Florence Rochefort. Un projet présenté par le  GSRL a été soutenu à cette occasion, autour de « La jeunesse catholique face à la question du genre. Exploration d’une nouvelle problématique »

Participation à un projet H20/20. Contactée pour monter un projet H 20/20 sur Genre et diversité religieuse en Europe, par Mia Lövheim de l’Université d’Uppsala, Florence Rochefort et Claude Proeschel  (GSRL) ont rédigé la partie concernant la France et collaboré étroitement avec toute l’équipe à la rédaction du projet final, GetReDy – Understanding Religious Diversity and Co-existence through Gender, déposé en février 2017. Le projet réunit des équipes belge, croate, française, grecque, polonaise, Portugaise, Suédoise et anglaise.  Alfonsina Bellio et Dorra Mameri ont participé aux réunions préparatoires et étaient impliquées dans les projets d’enquête.

 

 

Bibliographie (sélective)

 

Carnac Romain, Dileta Guidi, Roucoux Guillaume (dir.), Les autorités religieuses face aux questions de genre. Préface de Philippe Portier, « Postface Résistances des autorités religieuses face aux mutations de genre » de Florence Rochefort. à paraître

Carnac Romain, “Aux sources de la lutte catholique contre le ‘genre’. La rénovation post-conciliaire du discours du Vatican sur la différence des sexes”, in Dominique Avon (dir.), Autorités religieuses. Temps long et défi de la modernité, Beauchesne, Coll. “Cahiers de l’AFHRC”, 2017, p. 197-205.

Chélini-Pont Blandine (dir.), Genre, Engagements religieux et féminismes dans les Amériques, à paraître « Préface » de Rochefort Florence.

Giorgi Alberta, « Winning in the parliament, losing in the courts – catholic biopolitics in different venues: the case of Italy », Estudos da Religião « Genre et néoconservatismes religieux », sous la direction de Rochefort Florence et Maria Eleonora Sanna, (v. 30, n. 1 • 111-126 • jan.-abr. 2016 )

Giorgi Alberta et al., « Introduction Gendering the Secular :Interventions in Politics, Philosophy and Movements », Religion & Gender, vol 5, n°2 (2015), 129-134.

Mathieu Séverine, « Parentés contemporaines », Journal des Anthropologues, Numéro thématique coordonné par Mélanie Gourarier et Séverine Mathieu, Printemps 2016.

Mathieu Séverine , « Assistance médicale à la procréation, désir d’enfant et transmission », Anthropologie et société, « Désir d’enfant et transmission », numéro coordonné par L. Charton et J. Levy, 41, 2, 2017, p. 121-138.

Rochefort Florence et Maria Eleonora Sanna (dir.), Normes religieuses et genre. Mutations, résistances et reconfigurations, Paris, Armand Colin, 2013.

Rochefort Florence, « Les conceptions de genre du journal féminin protestant La Femme (1879-1891) », in Matthieu Brejon de Lavergnée et Magali Della Sudda, Genre et christianisme Plaidoyers pour une histoire croisée, Paris, Beauchesne, Coll. « Cahiers de l’AFHRC », n° 2, 2014, p. 181-201.

Rochefort Florence, «”Mariage pour tous”: genre, religions et sécularisation», in Laurie Laufer et Florence Rochefort (dir.), Qu’est-ce-que le genre ?, Paris, Payot (Petite Bibliothèque Payot), 2014, p. 213- 230. traduit en espagnol Barcelona,  Icaria Antrazut, 2016 ; traduction en italien Che Cos’é il genere ? Franco Angeli Editore 2017 (traduction et préface d’Alfonsina Bellio) ; traduction en slovène en cours.

Rochefort Florence et Maria Eleonora Sanna (dir.), « Genre et néoconservatismes religieux », numéro de la revue Estudos da Religião (v. 30, n. 1 • 111-126 • jan.-abr. 2016 ) https://www.metodista.br/revistas/revistas-ims/index.php/ER

Roucoux Guillaume, « Les autorités religieuses et la féminité dans le Mouvement Raëlien : De la priorité de sexe au charisme de genre », in Romain Carnac, Diletta Guidi, Guillaume Roucoux  (dir.), Les autorités religieuses face aux questions de genre, à paraître Rennes, PUR.