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religion race

1-3 juin 2016 Université du Maine – GSRL

 

1ère journée – Le Mans (1er juin)

9h30-10h – Accueil des intervenant-e-s

Mot de bienvenue de Laurent Bourquin (Vice-président Recherche de l’Université du Maine)

Première session

La religion à la rencontre de la « race »
Opposition, mythes religieux racialisés et accommodation avec l’idée scientifique de « race »

 

Présidence : Jean-Frédéric Schaub (Ehess/Crbc)

 

10h00-10h20 – Benjamin Braude (Boston College) : « Contingent Hermeneutics. Collective Identities and Slavery in Judaism, Christianity, and Islam »

 

One of the colloquium’s underlying challenges is that race and racism are terms that are defined by the context in which they are used and abused. Race in the US has conventionally been defined by so-called color. By contrast, race in Europe, despite efforts to establish a so-called physical scientific basis for its definition, has never achieved in mass usage such fraudulent precision. Consequently, the terms particularly in Europe are often so mingled with notions of cultural identity that they are often indistinguishable from religion and religious prejudice or ethnicity and ethnic prejudice. Of course, none of these efforts at definition can attain the universality they claim since the protean nature of human reality is too complicated and contradictory to be put into the neat pigeon-holes of racism. Race does not exist except in the perverse imagination of racism and racists. So the discussion must begin with the racist understanding of a race defined as a large overarching group marked by fixed, collective, often dominationist, and over determined, hereditarianism. The two most important elements of this definition are fixity and hereditarianism. This is the race of the classic racist imagination, politics, and law of nineteenth and twentieth century Euro-America-South Africa. For example, Nazi antisemitism was based ultimately on religion, but its acolytes were convinced that it was a fixed hereditarian category and, even more significantly, acted accordingly. This paper addresses the tortuous ways in which the three Abrahamic religions have constructed notions of collective identity and the hermeneutics through which they have justified the enslavement of certain groups. In Judaism, this construction has involved the notion of Hebrew Slave versus Canaanite Slave; in Islam, Muslim-born of free ancestry versus Muslim-convert and non-Muslim; in Christianity, such categories are less clearly formulated, though in practice, Christian-born of free ancestry versus non-Christians and converts. However underlying the approach of all three is the convention of taking captives in war. The so-called Curse of Ham is not deeply rooted in any of the Abrahamic religions, but rather it is a Euro-Christian false tradition invented during the early modern era, particularly in the seventeenth and eighteenth centuries, retroactively imposed on ancient and medieval texts. The early modern contingencies that fabricated such anachronistic racist hermeneutics form the main theme of my presentation.

 

10h20-10h40 – Max Hering Torres (Université de Bogota) : « Body and Blood. Racialization in colonial societies »

 

In the light of the conversions to Christianity of a large majority of Sephardic Jews, Spanish society defined the judeo-converso as “impure”. Based on this argument the concept of limpieza de sangre was developed in Spain but also in colonial Spanish America. In both places, purity of blood statutes were implemented in order to hinder access to power by New Christians, who were considered to be “impure”. This paper discusses early modern and colonial conceptualizations about race, which encapsulated different ideas, linked to the notions of pureza (purity), casta (caste), color and calidad (quality): a conceptual juncture which is different from modern racism in Europa, but served also as a strategy to perpetuate otherness and ensure power.

 

10h40-11h10 – Discussion

 

Pause

 

11h30-11h50 – Paola Martinez Pestana (Université autonome de Madrid) : « Le récit sacré sur l’Histoire des ‘‘races” et des nations d’après Benito Jeronimo Feijoo »

 

Bien avant la polémique ouverte par l’abbé Raynal, par le prêtre Stanhope Smith, par le comte de Buffon ou encore par Cornelius de Paw sur l’origine naturelle et religieuse des « races humaines », le bénédictin Benito Jerónimo Feijoo avait réfuté en 1726 la théorie préadamite sur la diversité de « races ». En analysant les conséquences du déluge universel, mais aussi en se servant de nouvelles hypothèses sur les mouvements et les changements à la surface de la Terre, l’abbé Feijoo expliquait la manière avec laquelle les descendants d’Adam avaient pu traverser les océans avant d’être séparés par de nouveaux mouvements terrestres. Ainsi, le bénédictin espagnol défend dans son Théâtre critique universel l’unité de la « race » humaine et l’inexistence de hiérarchies physiques ou morales. Quand l’abbé Feijoo veut expliquer l’origine de la couleur « éthiopienne » de la peau, il utilise des raisons uniquement naturelles, en opposition aux interprétations bibliques très répandues au xviiie siècle qui attribuaient la couleur « noire » des Africains à la malédiction jetée par Dieu sur la descendance de Cham. L’œuvre de Feijoo est extrêmement bien accueillie en Amérique auprès des « Indiens » et des Créoles puisqu’elle les dédouanait des conjectures infâmantes sur leurs origines. La critique des idées raciales proposée par Feijoo offre un autre éclairage sur la société de son temps : « Nos yeux intellectuels atteints du même défaut que nos yeux corporels nous montrent les choses éloignées plus petites qu’elles ne le sont en réalité  […] Dans les Nations qui sont très lointaines nous nous figurons les hommes si petits en tant qu’hommes, qu’ils arrivent à peine à êtres rationnels. Si nous les considérions de près, nous aurions un autre avis ».

 

11h50-12h10 – Silvia Sebastiani (Ehess/Crh) : « Samuel Stanhope Smith, un révérend presbytérien face l’idée de “race” »

 

En 1810 Samuel Stanhope Smith, révérend presbytérien et professeur de Philosophie morale, puis président du College of New Jersey, publie la seconde édition américaine de An Essay on the Causes of the Variety of Complexion and Figure in the Human Species. D’abord imprimé à Philadelphie en 1787, soit l’année même de la ratification de la constitution des États-Unis, l’essai était réédité à Londres, deux ans plus tard, alors qu’une nouvelle édition paraissait à Edimbourg en 1788, avec une introduction et les commentaires d’un étudiant américain en médecine, Benjamin Smith Barton. Il s’agissait, selon les mots de John C. Greene, du « plus ambitieux et plus fameux traité d’anthropologie physique connu en Amérique ». L’examen des trois différentes éditions de ce texte et leur analyse croisée invite à une étude renouvelée de l’émergence de l’anthropologie raciale occidentale, dans une perspective atlantique et trans-impériale. L’importance de l’Essay de Smith ne tient pas tant à l’originalité de son approche ou de ses théories ; mais elle tient à sa capacité à prendre pied dans le débat des Lumières sur la « science de l’homme », et à le reformuler pour le nouveau contexte politique de l’Amérique postcoloniale. Dans le cadre d’une société esclavagiste, au sein de laquelle un mouvement anti-esclavagiste de plus en plus fort prend forme, le débat sur la diversité humaine se transforme en une controverse opposant les partisans de l’existence d’une hiérarchie entre les races humaines aux défenseurs de l’égalité des êtres humains.

 

12h10-12h30 – Gilles Teulié (Aix-Marseille Université/Lerma) : « Théorie biologique ou théologie pratique ? L’ Église Réformée Hollandaise et la racialisation de l’Afrique du Sud ante apartheid »

 

L’Église Réformée Hollandaise d’Afrique du Sud n’a pas eu à faire face à l’irruption de l’idée de « race » de manière brutale car la question raciale a été au cœur de son implantation en Afrique du Sud dès le xviie siècle. Depuis cette époque, la question de la place des non-Blancs s’est posée pour la société de colons néerlandais, allemands et français dirigée par la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales tout d’abord, puis dans celle des colons britanniques et des républiques Boers dans un deuxième temps, avant de prendre toute son ampleur dans l’Afrique du Sud anglo-afrikaner plus ou moins unifiée après 1910. Si ces sociétés ont été perméables aux discours raciaux élaborés en Europe et dans l’Empire britannique, elles ont pu développer leurs propres stratégies rhétoriques afin de promouvoir leur suprématie et ainsi préserver leur domination politique. C’est dans ce contexte que l’Église Réformée Hollandaise d’Afrique du Sud a accepté et intégré de tels discours mais a pu aussi, de manière surprenante pour une Église chrétienne issue de la Réforme, bâtir une idéologie raciale exclusive qui la mènera inexorablement dans l’impasse du système inique de l’apartheid. Dès 1857, elle instaure le système des cultes séparés entre Blancs et Noirs créant ainsi des Eglises « filles » réservées pour les Noirs. Mais, c’est dans les années qui ont précédé l’instauration de l’apartheid en 1948 que s’est formalisée une idéologie raciale à la confluence des courants réformés libéraux et orthodoxes, issues des tensions entre les tenants de la théologie de Karl Barth et de celle d’Abraham Kuyper. Cette présentation se propose d’examiner les écrits théoriques concernant la race issus de cette Église dans les années précédant la mise en place de l’apartheid et de voir dans quel contexte ils sont apparus. Il s’agira également d’essayer de comprendre dans quelles mesures ceux que l’on pourrait nommer les architectes d’un apartheid  théologique ont pu défendre cette racialisation des identités collectives et enfin comment les autorités religieuses ont pu imposer une certaine obéissance aux pasteurs afin que le message théologique soit relayé dans les paroisses.

 

12h30-13h00 – Discussion

 

 

Deuxième session

Religion et Race : la question de la conversion.

 

Présidence : Maud Michaud (Université du Maine/3.LAM)

 

14h30-14h50 – Isabelle Poutrin (Université de Paris-Est Créteil/Crhec) : « Les morisques irréductibles à la conversion : une affaire de ‘‘race’’ ? »

 

Depuis les ouvrages de Rodrigo de Zayas, Les morisques et le racisme d’État (1992) et, sur un mode plus érudit et moins polémique, de José Maria Perceval, Todos son uno. Arquetipos, xenofobia y racismo. La imagen del morisco en la Monarquía Española durante los siglos XVI y XVII (1997), la question de la représentation « raciste » des morisques n’a guère été une direction importante des travaux sur cette minorité. Le débat historiographique s’est focalisé davantage sur la remise en question du caractère « inassimilable » des morisques (caractère longtemps affirmé par l’historiographie catholique conservatrice) et, beaucoup plus largement, sur les voies de l’intégration de ces derniers à la société majoritaire. Ces problématiques ont donné lieu à d’importants travaux d’histoire sociale tels que, par exemple, l’ouvrage de Manuel F. Fernández Chaves et de Rafael M. Pérez García En los margenes de la cuidad de Dios : Moriscos en Sevilla (2011). Dans le même temps, les recherches sur l’émergence de la notion de pureté de sang ont progressé, les travaux de David Nirenberg marquant un jalon majeur dans ce domaine. En contrepoint aux recherches en cours sur les « conversos » et la notion de pureté de sang dans l’Espagne des xve-xviie siècles, et des travaux récents sur les théories de la race, nous proposons de rouvrir le dossier du « racisme anti-morisque » et d’interroger l’idée d’une racialisation des morisques comme ressort de leur exclusion. L’infériorisation sociale des morisques par le biais de stéréotypes de groupe a-t-elle trouvé un équivalent dans la littérature cléricale consacrée à la christianisation des morisques ? Le caractère irréductible de ces derniers, leur résistance à l’endoctrinement catholique relèvent-ils d’une macule véhiculée par le sang, d’une « nature » constitutive de leur identité de groupe, ou sont-ils imputables à la persistance de l’imprégnation islamique ? Notre hypothèse de départ est celle de la faiblesse de la racialisation des morisques dans le discours religieux, même le plus hostile. Elle sera mise à l’épreuve par l’étude du corpus de la polémique anti-morisque notamment des livres du dominicain Jaime Bleda au début du xviie siècle.

 

14h50-15h10 – Boris Jeanne (Ehess/Cerma) : « Le discours sur les races et les métissages dans la documentation pontificale concernant la Monarchie Catholique (1580-1640) »

 

L’expansion coloniale des Ibériques aux xve et xvie siècles amènent ces derniers à s’installer en Afrique, en Amérique et en Asie auprès de populations indigènes qui sont distinguées des colons par des critères géographiques, culturels, religieux et physiques, aboutissant à une réelle différence dans le droit (à l’exemple du derecho indiano), ainsi qu’à une très large palette onomastique pour désigner tant ces indigènes que les résultats des très nombreux mélanges biologiques issus de la création des diverses sociétés coloniales. Portugais et Espagnols se placent donc en première ligne du renouvellement du vocabulaire de la race installé par le Moyen Âge : les catégories sont bouleversées par les métissages dans les quatre parties du monde. À Rome, dans la documentation pontificale en latin, on commence par suivre cette nouvelle taxinomie des peuples en décalquant les inventions des Ibériques (l’espagnol mestizo est traduit par le latin meticus) : cette situation de chambre d’enregistrement des bouleversements du monde évolue-t-elle ensuite vers une véritable prise en main du vocabulaire de description des peuples que l’Église de Rome, dont la préoccupation est universelle, estime avoir à mener au Salut ? Et plus avant, quel est le discours qui accompagne ce vocabulaire, celui de l’exclusion méfiante ou celui de la tolérance providentielle ? L’analyse de la documentation pontificale relative à la Monarchie Catholique et à ses possessions outre-mer aux xvie, xviie et xviiie siècles permet d’apporter un début de réponse à cette question qui replace Rome au centre de la géopolitique moderne.

 

15h10-15h40 – Discussion

 

Pause

 

16h00-16h20 – Hitomi Omata Rappo (Université de Fribourg) : « La béatification des saints de ‘‘couleur’’. Discours et images des martyrs japonais à l’époque moderne »

 

En 1627, la cérémonie de la béatification de vingt-six martyrs de Nagasaki se déroule solennellement à Rome, et des fêtes similaires ont lieu dans toute l’Europe catholique. Ces saints, exécutés en 1597, sont les premiers martyrs officiels de la mission en Asie. La composition sociologique de ces nouveaux saints est singulière pour l’époque. En effet, seuls quatre, des franciscains, étaient d’origine européenne, et l’on y trouvait des Japonais, des Chinois ou encore des métis indiens et mexicains. Leur béatification, ainsi que la permission de leur culte, constituaient la première reconnaissance officielle de sainteté pour des populations originaires des territoires nouvellement découverts, autrement dit des « Indes ». Dans leur ensemble, le culte de ces martyrs était intimement lié, non pas au Japon, mais à leurs régions d’origine, et ils ont été utilisés dans la construction d’une identité coloniale, chrétienne (l’exemple le plus connu est celui de Jeronimo de Jesus au Mexique). Ils ont également été intégrés à des modèles de dévotion en Europe, qui ont donné naissance à des motifs iconographiques les représentant. Le cas des trois martyrs jésuites, tous d’origine japonaise, est particulièrement intéressant, car il révèle une forme d’ambiguïté quant à la perception de leur apparence, et plus généralement des caractéristiques physiques des populations asiatiques. Comme l’ont montré les recherches de Mickael Keevak, la notion de « peau jaune » n’existait pas encore au début du xviie siècle, et les témoignages contemporains parlent à la fois de Japonais à la peau « noire » ou « blanche ». Or, l’on ne trouve aucune image de saints japonais à la peau noire, et l’ensemble de celles qui nous sont parvenues les représente sous les traits d’hommes blancs, guère différents des martyrs européens. Comment interpréter cette iconographie ? En revenant sur le traitement des ambassadeurs japonais à Rome, en 1585, dont les membres avaient été explicitement associés aux trois rois mages, j’examinerai le processus d’intégration de ces saints des « Indes » aux conceptions de l’Église, montrant comment sa stratégie, malgré l’absence de la catégorie conceptuelle de « race asiatique », dévoile l’existence de critères de différence entre les populations du Japon et du Vieux continent, que l’on a cherché, plus ou moins consciemment, à gommer dans le contexte cultuel.

 

16h20-16h40 – Azzurra Tafuro (École normale supérieure de Pise) : « Notre-Dame de Sion en France et à Jérusalem au xixe siècle »

 

Aujourd’hui Notre-Dame de Sion est le réseau catholique le plus actif dans le domaine du dialogue judéo-chrétien. Cet esprit est très strictement lié aux changements du Concile Vatican II et à la déclaration Nostra Aetate (1965). En effet, lorsque la congrégation est établie en 1843 par Theodore Ratisbonne – un juif alsacien converti – et, pendant un siècle presque, elle affichait un but très « ambitieux » : la conversion du peuple juif à la « vraie religion ». Pour Notre-Dame de Sion, la conversion n’était pas une déclaration d’intention, mais un objectif profondément enraciné qu’y en détermine l’organisation et les pratiques, comme l’indiquent les Archives de Notre-Dame de Sion. Les sources étudiées tracent les contours d’une pratique de conversion utilisée pour la première fois avec les juifs français et très influencée par l’action des Conférences de Saint Vincent de Paul. En fait, le « catéchuménat » de la Providence et les premières écoles accueillent surtout des enfants et des jeunes filles issus des classes travailleuses, éduqués gratuitement en échange de leur conversion. Ensuite, beaucoup de jeunes filles entrent dans la congrégation et s’engagent dans la conversion de leurs ex-coreligionnaires. Le groupe ne propose pas des représentations racistes ou stéréotypées des néophytes. Par contre, ces dernières sont l’orgueil de la congrégation et occupent parfois des rôles prestigieux ; à l’image de Sœur Noëmi, l’une des premières converties du « catéchuménat » et ensuite supérieure à Jérusalem – où, à partir de la moitié des années 1850, les religieuses s’établissent. Là-bas, elles se confrontent aux populations musulmanes et conservent le même but : la conversion. De même, la méthode ne change pas : elles offrent aux jeunes filles issues des classes subalternes une éducation gratuite en échange de leur conversion au catholicisme. La congrégation n’utilise jamais des pratiques violentes ou coercitives mais, comme en France, profite de l’extrême pauvreté et de la volonté des parents de se débarrasser des enfants de sexe féminin. Si les pratiques de conversion ne changent pas, le groupe élabore une représentation nouvelle des néophytes : elles sont souvent décrites comme  peu intelligentes et on les surveille soigneusement pour les empêcher de pratiquer leur « ancienne » foi.

 

16h40-17h10 – Discussion

 

 

20h-21h30 – Conférence (EVE)

« ‘‘Race’’ et conversion.
Les politiques contemporaines en Asie du sud et sud-est
(Inde et Birmanie) »

 

Nicolas Jaoul (Cnrs/Iris) : « Inde : Ambedkar, la conversion des dalits (« intouchables ») au bouddhisme et la réfutation des théories raciales de l’intouchabilité. »

 

En 1956, une grande conversion de masse des dalits (« intouchables ») fut menée par Ambedkar, le leader de l’émancipation des dalits. Cette conversion, de nature très politique, s’est accompagnée d’un discours sur un prétendu retour aux origines bouddhistes, dans lequel les origines de l’intouchabilité sont assimilées à la répression des derniers Bouddhistes ayant refusé de se soumettre aux brahmanes. Ce faisant, Ambedkar tournait le dos à une idéologie anti-brahmanique l’ayant précédé, par laquelle les dalits et autres basses castes s’identifiaient à la race dravidienne conquise et rabaissée par les aryens. J’analyserai les origines coloniales de ces théories raciales comme explication des divisions de castes, puis montrerai comment les premiers mouvements anti caste s’en sont saisis politiquement. Dans un second temps, je présenterai le bouddhisme Navayana, comme projet émancipateur inspiré à la fois du libéralisme politique et du marxisme. Enfin, je montrerai comment ces deux variantes idéologiques continuent à coexister actuellement dans le mouvement ambedkariste.

 

Alexandra de Mersan (Inalco/Case): « Les Lois de protection de la race et de la religion en Birmanie à l’heure de la transition démocratique »

 

Juillet 2012, Singapour. Dans un appartement transformé en monastère, un moine bouddhiste délivre un sermon à la quinzaine de laïcs – tous travailleurs migrants originaires de Birmanie – venus lui faire une donation de nourriture en ce seul jour de repos hebdomadaire. Chacun écoute respectueusement, silencieusement, acquiesçant parfois, une scène somme toute classique, si ce n’est par le contenu du propos du religieux. Celui-ci commente les violences intercommunautaires qui ont éclaté tout récemment entre des populations bouddhistes et musulmanes en Arakan, région à l’Ouest de la Birmanie, d’où il est lui-même issu comme la majorité de son audience. La rhétorique porte notamment sur la nécessité de défendre sa religion ainsi que sa nation (amyo), en achetant dans des boutiques dont le propriétaire est bouddhiste, afin que l’argent ainsi gagné soit lui-même transformé en donation faite à la religion (sasana) et aux moines. Ce même argument est porté quelques temps plus tard par certains moines en Birmanie dans un mouvement de boycott des commerces musulmans, connu sous l’appellation de « 969 », en référence au nombre qui figure sur les autocollants massivement distribués aux commerçants bouddhistes pour les identifier comme tels. A la même période, en mars 2013 sont perpétrées des attaques et destructions de mosquées et autres écoles coraniques, en différentes villes du pays. Dans le sillage de ces événements, le Ma Ba Tha, une association menée par des moines nationalistes mène une campagne dans tout le pays et fait pression auprès du Parlement pour finalement faire adopter les Lois dites « de protection de la race et de la religion » à quelques semaines des élections parlementaires de novembre 2015. La présentation éclairera le contexte et le sens de ces lois au regard de la conception de la religion et de la nation dans une perspective historique.

 

 

2ème journée – Le Mans (2 juin)

 

Troisième session

Les minorités religieuses face à leur racialisation.

 

Présidence : Clément Thibaud (Université de Nantes/Crhia)

 

10h00-10h20 – Chrystal Vanel (Ephe/Gsrl) : « La ‘‘race’’ et le racisme en théologie mormone (xixe-xxe siècles) »

 

La théologie raciste du mormonisme des xixe-xxe siècles, comme la théologie protestante populiste américaine, entendait classifier des populations suivant des critères de malédictions ou de bénédictions divines, justifiant ainsi des discriminations. L’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours (Église mormone ou mormonisme) est organisée aux États-Unis en 1830, sous la direction de Joseph Smith (1805-1830), suite à la publication du  Livre de Mormon, qui narre les migrations d’israélites en Amérique en 600 avant Jésus-Christ, et leur division en deux groupes : les « gentils » Néphites, et les « méchants » Lamanites, dont la peau sombre rappelle l’antique malédiction. Leur lecture de l’Ancien Testament pousse les mormons à œuvrer au rassemblement d’Israël sur la terre promise américaine. Être mormon, c’est alors être un descendant des tribus perdues d’Israël, en particulier de la tribu d’Éphraïm, les convertis au mormonisme étant alors pour majorité issus de Grande-Bretagne et des pays nordiques, et le mormonisme s’inspirant de l’israélisme-britannique (British Israelism) de la théologie protestante populiste. Le mormonisme s’inspire aussi de la théologie protestante raciste du xixe siècle dans la place qu’il accorde aux Noirs : le sacerdoce leur est refusé jusqu’en 1978, alors qu’ils sont considérés comme des descendants maudits de Cham et Caïn. La place des Amérindiens et des Polynésiens est plus ambiguë. Les Amérindiens sont considérés comme des descendants de Lamanites, et donc d’Israël, qu’il faut convertir. Les peuples indigènes des îles du Pacifique sont vus comme des descendants d’Hagoth, un constructeur de bateaux néphite échoué sur une île du Pacifique.

 

10h20-10h40 – Samadia Sadouni (Sc. Po Lyon/Triangle) : « Les migrants musulmans somaliens à Johannesburg et les mécanismes de racialisation de l’espace urbain »

 

L’approche historique adoptée dans l’étude des migrations somaliennes en Afrique du Sud a permis de faire la lumière sur l’histoire inédite de la présence somalienne à Johannesburg pendant la période coloniale britannique. Les modes d’insertion des Somaliens dans l’espace urbain de Johannesburg, radicalement transformé par la découverte d’un gisement aurifère en 1886, se traduisent rapidement par des négociations avec les autorités coloniales au sujet de leur classification raciale. Ils mobilisent leur identité islamique auprès de ces mêmes autorités qui finalement acceptent de les catégoriser dans le groupe des Malais du Cap. Cette analyse socio-historique des migrants somaliens dans la capitale de la province du Gauteng complète l’étude ethnographique de la nouvelle vague d’immigration somalienne dans l’Afrique du Sud post-apartheid. La racialisation de l’espace urbain n’a pas disparu dans le nouveau contexte démocratique sud-africain mais se traduit d’une manière différente comme le montre le cas des migrants somaliens installés dans le pays dès les années 1990. Ils ont en effet su retourner à leur avantage la ségrégation urbaine héritée de l’apartheid à des fins de profits économiques. La racialisation de leur territoire urbain leur a permis de développer une économie connectée aux townships qui demeure, néanmoins, source de risques pour des petits entrepreneurs somaliens confrontés à la xénophobie et aux faiblesses du modèle redistributif sud-africain. Cette étude a donc pour double objectif de contribuer à la production de nouvelles connaissances sur l’islam sud-africain et à l’analyse de ses modes de racialisation en contexte urbain.

 

10h40-11h10 – Discussion

 

Pause

 

11h30-11h50 – Hélène Grandhomme (Université de Nantes/Crhia) : « L’islam ‘‘noir’’, un principe idéologique et pragmatique. Le point de vue des musulmans sénégalais »

 

Au cours de la période coloniale, la France observe l’islam subsaharien et le présente d’une façon spécifique qui tient autant aux théories raciales de l’époque qu’au pragmatisme de l’administration des populations colonisées. Selon les époques et les hommes, des variables existent. Néanmoins une conception commune de l’islam au sud du Sahara émerge à la fois des institutions coloniales et des études ethnologiques ou historiques. La colonisation, par ses institutions, ses agents et la culture qu’elle produit donne à l’« islam noir » une connotation dévalorisante. Il s’agit d’un concept qui présente l’islam pratiqué au sud du Sahara comme une religion hybride, une pâle copie d’un islam soi-disant « pur ». On le dit simplifié, primitif et malléable. Ce concept reprend donc à son compte les principes de hiérarchisation raciale qui font du Noir un être inférieur. Cette qualification d’ « islam noir » est idéologique mais vise également des desseins politiques et pragmatiques. C’est donc sur les deux terrains, idéologique et politique, que ce concept colonial est naturellement remis en cause par la grande majorité des musulmans sénégalais. Cette remise en cause est synonyme de bannissement pour les uns et de réappropriation pour les autres. Nous proposons donc dans un premier temps de montrer que la relégation de l’expression « islam noir » par certains musulmans sénégalais a deux explications liées. La première raison est historique et s’attache au fait que cette conception de « l’islam noir » a été le porte-drapeau d’une politique coloniale qui a surveillé, discriminé et tenté d’isoler l’islam pratiqué au sud du Sahara. La seconde relève d’une appréhension universaliste et unitaire de l’islam, rendant toute qualification de l’islam incorrecte. Dans un second temps, nous montrerons que des musulmans sénégalais ont souhaité requalifier et réinterpréter la notion d’islam noir. En lui faisant perdre ses guillemets, ils ont voulu la débarrasser de ses scories coloniales. L’expression islam noir ne contient alors plus de considérations qualitatives purement subjectives mais signifie que les sociétés africaines ont adapté l’islam à leurs structures sociales tout en maintenant intact ce que certains ont appelé l’islam des principes.

 

11h50-12h10 – Xavier Luffin (Université libre de Bruxelles/Philixte) : « La littérature arabe contemporaine et la dénonciation du racisme »

 

Depuis le siècle passé, de nombreux romanciers arabes se sont attaqués à la question du racisme dans le monde arabe, notamment celui qui touche les communautés africaines. Certains d’entre eux abordent notamment l’instrumentalisation de textes religieux – le plus connu étant l’exégèse de la malédiction de Cham, que l’on retrouve aussi dans le monde judéo-chrétien, mais d’autres existent, comme par exemple la sourate de l’Eléphant qui fait allusion à l’invasion éthiopienne de la péninsule Arabique à l’époque préislamique – pour justifier ce racisme, voire même pour justifier la pratique de l’esclavage. D’autres auteurs relativisent le principe d’égalité entre les races que l’on met parfois en avant dans le cas de l’islam, en revenant sur le comportement et le discours contradictoires de certains musulmans, voire des hommes de religion eux-mêmes. Cette appropriation d’un thème sensible par les auteurs de fiction vient combler les lacunes des études journalistiques et scientifiques en langue arabe sur le sujet, encore timides et surtout peu nombreuses. À travers quelques romans contemporains dus à des auteurs de divers pays arabes (Egypte, Soudan, Yémen, Arabie saoudite, etc.), nous tenterons donc de mettre en évidence les différentes approches de la question des liens entre religion et théories raciales dans le monde arabe aujourd’hui.

 

12h10-12h30 – Discussion

 

 

Quatrième session

Diffusion et adaptation de l’idée de race
en contexte religieux non européen

 

Présidence : Clément Thibaud (Université de Nantes/Crhia)

 

14h30-14h50 –Yusuke Inenaga (Université municipale d’Osaka/Gsrl) : « Une logique de soutien à la ‘‘lignée unique’’ de l’empereur japonais : l’ethnicisation des cultes autochtones au xixe siècle »

 

Cette intervention a pour objectif d’appréhender le concept japonais de « race » dans le processus de construction de la cohésion culturelle, lors de la restauration Meiji (1868). Nous tenterons ici de contribuer à une réflexion sur l’adaptation des idées monothéistes et leurs liens avec la légitimité de l’intégration nationale autour de la famille impériale. En analysant certaines thèses philologiques et exégétiques de l’école des Études nationales du xviiie siècle, cette communication s’efforcera de saisir la nature des divergences entre shintô, bouddhisme et néo-confucianisme pour purifier la « japonité », symbolisée par le Souverain. Une question essentielle se pose alors : dans quelle mesure l’État permet-il de soutenir la cohésion culturelle face à la crise socio-politique depuis l’ouverture du pays (1853) ? L’accent sera mis sur la sacralisation de la « lignée unique » de l’Empereur, dans le cadre de la domination traditionnelle. Cette approche socio-historique de la légitimité vise à élucider une ethnicisation des cultes autochtones selon deux axes. Nous examinerons tout d’abord les thèses des fidèles des Études nationales et leur réaction à l’encontre des privilèges dont jouissent les bouddhistes au sein du régime Tokugawa. En décrivant le double statut du bouddhisme, contrôlé et protégé par le shogunat, il s’agit d’analyser comment les nationalistes considèrent le culte bouddhiste – en particulier la « Loi universelle ». Nous insisterons ensuite sur le moment de la transition socio-politique, afin d’éclairer la logique de soutien à l’idée de « race » impériale qui s’identifie au concept de Nation. Nous analyserons la tentative de transformation de la figure héréditaire de l’Empereur, à la fois en chef d’État et en pontifex maximus. Dans les années 1870, une partie des fidèles des Études nationales mobilisent de nouveaux rituels shintoïstes, qui abandonnent radicalement les rites bouddhiques. Nous viserons à expliquer l’instrumentalisation de la lignée ethno-religieuse. La prière du Souverain envers ses aïeux ne vise-t-elle pas à intégrer, par une métaphore familiale, un imaginaire national d’unité raciale ? Nous approfondirons l’union mystique entre les ancêtres nationaux et la divinité fondatrice de l’État au sein des mœurs. Pour conclure, nous soulignerons la fonction socio-politique de la famille impériale, placée sous l’égide de la sacralité céleste. Notre intervention tend à faire apparaître le rôle de l’État dans un cadre théologico-politique, autour duquel s’est pensée la nécessité d’une autorité « sacrée et indivisible ».

 

14h50-15h10 – Marie-Paule Hille (LabEx Hastec/Gsrl) : « Robert B. Ekvall (1898-1983) : idées de race et de religion chez un missionnaire et anthropologue américain sur la frontière sino-tibétaine »

 

Robert B. Ekvall, fils de missionnaires américains membres de l’interdénominationnelle C&MA (Christian & Missionary Alliance), est né en Chine dans le sud du Gansu en 1898. De 1923 à 1941, il œuvre au sein de la « Kansu-Tibetan Border Mission » de la C&MA installée à Taozhou en 1895 et chargée d’évangéliser les populations tibétaines du Gansu et du Qinghai. Dans les années 1940, fort de son expérience auprès des populations nomades tibétaines, il mène des recherches en anthropologie à l’Université de Chicago et publie de nombreux articles scientifiques. En raison de sa double appartenance au monde religieux et scientifique, Robert B. Ekvall est un personnage particulièrement intéressant pour explorer les questions de race et de religion dans un contexte de pratiques évangéliques et d’étude de la société tibétaine. À partir de ses écrits publiés et non publiés et des interviews dirigées par Robert Shuster en octobre 1979 et en septembre 1980, nous essaierons de comprendre comment les notions de race et de religion s’articulent dans ses travaux, qu’ils soient de nature évangélique ou scientifique. Nous contrasterons ces différents types de matériaux en portant une attention particulière au vocabulaire utilisé pour tenter de déterminer si une idéologie raciale transparaît dans ses écrits ou encore si la question de la race se pose de façon plus nuancée selon les périodes et les publics visés. Nous examinerons également les possibles variations du rapport entre race et religion en fonction de la population – chinoise, tibétaine, musulmane – à évangéliser, car les missionnaires, face à la difficulté de convertir les Tibétains, se tournent vers les populations chinoises et musulmanes environnantes.

 

15h10-15h40 – Discussion

 

Pause

 

16h00-16h20 – Lionel Obadia (Université Lumière Lyon II/Lahra) : « L’improbable inhumanité de l’humanisme, race, racialisme et discrimination dans le bouddhisme »

 

Alors que le bouddhisme apparait très largement dans les sociétés modernes comme une pensée universaliste, humaniste, non violente et tolérante, qui rejoint donc (et même incarne) les idéaux de l’antiracisme, bien des signes tendent au contraire à montrer que, de manière furtive ou plus expressive, le bouddhisme est, peut-être pas toujours « bien malgré lui », associé à des idées racialistes et à de dérives racistes.  C’est précisément ce paradoxe que cette communication entend mettre à jour et discuter. On questionnera d’abord l’existence et la consistance d’une théorie raciale dans la tradition textuelle et on la confrontera aux manifestations pratiques d’un racisme latent (comme aux Etats-Unis) ou plus manifeste voire violent (en Asie du Sud-Est). On examinera ensuite les modes d’expressions d’un racialisme bouddhique (scripturaire), en contexte bouddhique (pratique) ou appliqué au bouddhisme (projectif, à travers l’orientalisme occidental), ses connotations (positives ou discriminantes), ses promoteurs et circuits de diffusion, en Asie et en Occident. On s’interrogera finalement sur le statut du racialisme dans le bouddhisme, s’il relève d’une instrumentalisation politique contextuelle et contingente de la religion, ou s’il traduit une structure de sens plus profonde que l’imagination moderne avait niée ou reléguée à un plan d’invisibilité.

 

16h20-16h40 – Eric Meyer (Inalco/Ceias) : « Bouddhisme et race à Sri Lanka : de la théorie de la ‘‘race élue’’  à la pratique du Bodu Bala Sena »

 

La conception des Singhalais comme « race élue » du bouddhisme theravada résulte de la convergence de deux discours. L’un très ancien, développé par les moines de l’île à partir du ve siècle de notre ère dans une chronique (le Mahavamsa), fait de l’île le conservatoire de la pure doctrine du Maître, et de la monarchie singhalaise (le mot signifie qui a le lion pour emblème), le garant de la survie et du développement de cette doctrine, qui s’efface en Inde à l’époque. Le second discours, développé sous la domination coloniale britannique (1796-1948), définit le groupe linguistique singhalais, qui est majoritairement bouddhiste et dont la langue appartient au groupe des langues indo-européennes, comme une « race » : il s’agit d’une catégorie identitaire imposée par les recensements. En revanche, l’endonyme jatiya, qui signifie naissance peut s’appliquer aussi bien à la caste et à la nation qu’à l’ethnie. Le terme de « race » est repris par le mouvement national anti-britannique qui puise sa force dans la renaissance du bouddhisme, et qui développe une thèse faisant des Singhalais bouddhistes « aryens » une « race » égale aux Européens et supérieure aux Tamouls hindouistes « dravidiens ». A partir de ces théories, se construit après l’indépendance (1948) une pratique politique visant à donner au bouddhisme une place privilégiée dans l’État et à faire de la langue singhalaise la seule langue officielle. Enfin, dans le contexte de la guerre civile qui déchire le pays des années 1980 à 2009, face au mouvement séparatiste tamoul, qui n’est pas d’essence religieuse, une fraction du clergé bouddhique incite à des actions violentes au nom de la défense de la « nation » ou de la « race » singhalaise. Après la défaite des séparatistes (2009), ce mouvement rebondit en se tournant cette fois contre les musulmans et les chrétiens sous l’impulsion du Bodu Bala Sena (Armée du pouvoir bouddhiste), dont l’action est condamnée par le nouveau régime issu des élections de 2015.

 

16h40-17h10 – Discussion

 

 

3ème journée – Paris (3 juin)

 

9h30-10h – Accueil des intervenant-e-s

Mot de bienvenue de Philippe Portier (Directeur du Gsrl)

 

Cinquième session

Les réactions religieuses face aux politiques raciales
(contestation, silence, participation)

 

Présidence : Denis Pelletier (Ephe/Gsrl)

 

10h00-10h20 – Lucie Kaennel (Université de Zurich/Gsrl): « La pensée völkisch, ou comment des penseurs protestants ont pu servir la cause du nazisme »

 

Difficile à traduire en français, le terme völkisch est construit sur la racine Volk : « peuple », « nation », mais son acception dépasse la simple idée de « populaire » ou de « national ». Puisant dans le terreau du romantisme, en réaction au rationalisme de l’Aufklärung et à l’aliénation des individus par l’industrialisation galopante, contre une modernité et une civilisation qui coupent l’homme de son moi créateur, la pensée völkisch tire sa dynamique de l’alliance d’une foi allemande et d’un mysticisme de la nature avec le nationalisme, la teutomanie, le racisme et l’antisémitisme – autant de courants de pensée qu’elle a su fédérer en une idéologie nouvelle, constitutive du paysage intellectuel et spirituel de l’Allemagne wilhelmienne (1870-1914/18). On peut voir dans le rôle que jouent des penseurs protestants comme Paul de Lagarde, Arthur Bonus ou Arthur Drews dans sa diffusion et sa conceptualisation sous la forme d’un christianisme allemand ou d’une nouvelle religion allemande des pionniers idéologiques des différents groupements de « Chrétiens allemands » (Deutsche Christen) qui, voulant conduire les Églises protestantes dans la « rénovation nationale » préconisée par le national-socialisme, s’efforcent de formuler une synthèse entre la Weltanschauungvölkisch et la foi chrétienne. Dans les années 1920, l’idéologie völkisch trouve un point d’ancrage théologique dans l’éthique politique que proposent les théologiens protestants Werner Elert, Paul Althaus ou Emanuel Hirsch en développant la théorie des « ordres de la création de Dieu ». Posés comme relevant de l’ordre divin, la famille, la société, la nation, l’État, la race, avec le peuple comme centre normatif, constituent le cadre obligatoire de la vie. À ce titre, le peuple, compris dans un sens ethnique – et non plus théologique –, confère une légitimité et une normativité théologiques à la réalité politique de l’État. On devine les interrogations qu’une telle compréhension pose en termes de soumission à un régime totalitaire comme l’a été la dictature hitlérienne et en termes de légitimation d’un tel pouvoir. Dans la foulée, d’autres théologiens protestants prolongent cette pensée, avec des accents propres, par exemple Gerhard Kittel. Elle est également instrumentalisée par les idéologues du national-socialisme, notamment dans le cadre de l’« Institut de recherche et d’élimination de l’influence juive sur la vie ecclésiale allemande » fondé en 1939 à Eisenach et dirigé par Walter Grundmann, alors professeur de Nouveau Testament et de théologie völkisch à l’Université d’Iéna – et qui, après la guerre, deviendra informateur de la Stasi… Cartographier la filiation de cette tradition qui a traversé le protestantisme allemand et proposer une relecture généalogique de l’idée völkisch en terrain protestant, non seulement permet de reconnaître le rôle tenu par ces acteurs protestants sur la scène nazie, mais apporte également un éclairage nouveau sur les racines spirituelles du national-socialisme.

 

10h20-10h40 – Dirk Schuster (Université de Postdam): « The German Christian Church Movement and the Christianity for “Aryans” »

 

Beginning in 1933, the German Christians Church Movement (Kirchenbewegung Deutsche Christen) from Thuringia took over control in a couple of Protestant regional churches in Germany. The German Christians were the most radical fraction within German Protestantism that combined religion and racist nationalism. This inner-church movement considered Adolf Hitler as the legate of God to save the German « Volk » as one racial unity.  For German Christians the creation of a « völkisch » faith on the basis of race, Christianity, De-Judaisation (of Christianity) as well as the fight against secularization and individualization was a main motive of their agitation. They interpreted secularization, internationalization, capitalism and communism as a punishment by God for the apostasy of Germans from true Christian faith which started with racial mixture and “Jewish influences”. As the German Christians believed, in the darkest hour God send Adolf Hitler to the German people as the Savior. Under his rule, so the thinking of the German Christians, not only the « Volk » should be returned to God, but also all « Aryan » Germans would be confessional comprised in one national church.  My presentation will discuss this religious model of one of the most influential church movement in the Third Reich. In my presentation I will mainly refer to the relation of religion and race in the common belief of this movement. By adopting National Socialism to Christian propagation, the religious focus went over the world to come to the mortal world. Additionally, « Non-Aryan » people were excluded from the church, even though they were Christians, since Christianity was considered a faith only for racial « Aryans ».  Despite this extreme nationalization of religion, the German Christians remained part of the Protestant Church until the end of the Third Reich. Their success in a couple of regional churches clarifies the acceptance of such a common belief in parts of Protestant population during the 1920s and 1940s.

 

10h40-11h10 – Discussion

 

Pause

 

11h30-11h50 – Raffaella Perin (Université Ca’Foscari Venise) : « Le Saint-Siège face à l’idée de race dans les années 1930 »

 

Même si la revendication du « monogénisme », c’est à dire la croyance en une origine unique de l’homme, créature de Dieu, et par conséquent de l’unité du genre humain, avait été la base pour s’opposer au racisme grandissant en Europe, les problèmes pratiques des bouleversements causés par l’adoption des lois raciales en Allemagne et en Italie contraignent la Curie romaine et quelques personnalités catholiques à l’image de l’ethnologue Wilhelm Schmidt ou du théologien Mario Cordovani à aller plus loin dans l’analyse et à utiliser le langage de la science pour exprimer le point de vue catholique sur la question de la « race ». Quels usages les catholiques faisaient-ils du mot « race » ? Quelle a été la position du pape Pie XI, à l’encontre du racisme d’Etat ? Dans quel terme exact ce dernier condamne-t-il le racisme dans son encyclique Mit brennender Sorge (1937) ?

 

11h50-12h10 – Olivier Sibre (Labex Ehne/Gsrl) : « L’Église catholique et le ‘‘sain nationalisme japonais’’ »

 

Le concept de « race » a ses méandres religieux et particulièrement catholiques. De fait, l’Eglise suit l’expansion européenne, et les défis du rapport aux cultures locales, mais aussi aux autorités locales coloniales. A ce titre, la situation du Japon émerge de façon singulière. L’Eglise y compte une présence pluri-séculaire, mais extrêmement faible numériquement, la plus faible d’Asie orientale encore aujourd’hui. Pourtant, l’engagement missionnaire et diplomatique est fort dès la redécouverte des chrétientés des environs de Nagasaki dans les années 1860. Le retour catholique après la « fermeture » Tukugawa correspond donc aux réformes de l’ère Meiji et aux transformations complexes et profondes du Japon contemporain. Dans ce cadre, l’idée nationale, le rapport à l’Etat, la constitution d’un « culte national », le problème de l’autorité impériale et le mimétisme colonial japonais voient politiques et idées s’affronter. En politique étrangère le Japon affirme le principe de l’égalité des races (1919), pour liquider définitivement le déclassement et l’inégalité de droit qu’il subit au sein du concert des puissances. Par la suite, considérant que sa mise à l’écart est l’expression d’un racisme anti-japonais, et donc anti-asiatique, le Japon s’autoproclame défenseur des Asiatiques, contre le racisme occidental. Dans ce contexte, l’Eglise catholique, confrontée au racisme, et à l’antisémitisme en Occident semble silencieuse, jusqu’à l’encyclique Mit Brennender Sorge de Pie XI. Dès 1938, le délégué apostolique à Tokyo publie un texte dans lequel il évoque le « sain nationalisme japonais », qu’il distingue du « mythe du sang et de la race », reprenant mot pour mot les termes de l’encyclique à destination des nazis. Or, ce document s’inscrit à la suite d’un long rapport (dubbio) pour la Secrétairerie d’Etat concernant les « rites civils et patriotiques japonais », établissant une analyse complète de la culture, de la société et de la politique au Japon depuis le xviiie siècle. La communication s’interroge donc sur la compréhension politico-religieuse de la « race » au Japon, à l’époque du « racisme triomphant », notamment via l’antisémitisme, en Europe. La communication s’attachera à la fois à mettre en lumière les ressorts de l’expertise catholique sur le Japon passé et contemporain, et les transferts éventuels d’analyse et de compréhension entre l’Occident contemporain et l’empire du soleil levant.

 

12h10-12h30 – Sébastien Carney (Université de Bretagne occidentale/Crbc) : « De la religion contre la race à la religion de la race. Christianisme et nationalisme bretons au début du xxe siècle. »

 

Dans la première partie du xxe siècle, les relations entre race et religion n’ont cessé d’être une préoccupation du nationalisme breton. Dès 1919, une équipe de jeunes gens regroupés autour de la revue Breiz Atao ! se persuade que la Bretagne a perdu la Grande Guerre, et que la participation des Bretons eux-mêmes à l’Union Sacrée témoignerait d’une dégénérescence favorisée par l’oeuvre de francisation menée par l’Église. Dans cette optique, une poignée de militants nationalistes bretons prétend alors régénérer la race en la receltisant au contact des Irlandais, Gallois et Écossais. Mais ces contacts sont infructueux et ils se tournent bientôt vers l’Allemagne. Dans les années 1930, inspirés par le nazisme, quelques idéologues du Parti national breton s’intéressent aux théories nordicistes. Pour ces Bretons, Celtes et Germains font partie d’une grande voûte nordique, rempart de la civilisation en Europe. Mais après 1937 et l’encyclique Mit brennender Sorge, ces idées conduisent quelques militants catholiques à quitter le parti. L’affaire est grave, car ces dissidents privent le parti de leur dynamisme et de leur argent. Aussi doit-on les amadouer pour les faire revenir. Dès lors, les tenants du nordisme – Olier Mordrel surtout – s’efforcent d’établir un « racisme breton » compatible avec le christianisme. Pour convaincre, Mordrel sait qu’il doit recourir à l’appui de catholiques racistes, voire du clergé lui-même. Dans sa revue doctrinale Stur, il étaye son racisme en s’appuyant sur Le règne de la race, ouvrage de l’abbé Gantois, et sur les écrits d’ecclésiastiques allemands. Mais il ne trouve aucun soutien dans le clergé local : tout juste parvient-il à publier la lettre d’un « catholique averti » qui n’est vraisemblablement autre que lui-même. Mordrel ne peut convaincre sans s’attirer les bonnes grâces du milieu religieux dominant en Bretagne. Les efforts qu’il déploie lui valent la réponse globalement favorable de l’abbé Pierre-Jean Nédelec qui, dans la revue que les militants catholiques dissidents viennent de créer, se montre plutôt bienveillant avec le « racisme breton » et entame un dialogue avec Mordrel. Ce dialogue est interrompu par la guerre, qui porte les catholiques dissidents à la tête du Parti national breton, à la place de Mordrel. Soutenus par les Allemands, ils ne peuvent qu’adhérer à leur tour aux théories nordistes, sans toutefois bénéficier, eux non plus, d’un quelconque appui ecclésiastique dans ce domaine. Pour certains, ce n’est donc plus un racisme original qu’il faut proposer à la religion catholique, mais une religion nouvelle à la race nordique. Progressivement, l’activiste radical Célestin Lainé théorise une « foi nordique ». Puisant chez Nietzsche et chez Maître Eckhart, s’inspirant de l’Unabhängige Freikirche, « Église libre indépendante » de Friedrich Hielscher, il élabore un paganisme adapté à la race celte de guerriers dont il rêve. Lainé, autopropulsé druide, créé et dirige un ordre de moine-guerriers, auquel il donne des statuts, une liturgie, des rites. Mais ce paganisme est condamné par le mentor de Célestin Lainé : l’abbé nationaliste Jean-Marie Perrot. Lorsque ce dernier est abattu par la Résistance, la troupe de Lainé se baptise « Unité Perrot », du nom du prêtre-martyr. Pour autant, cette récupération ne signifie pas l’adhésion du clergé breton au racisme païen. Célestin Lainé lui-même sait qui dirige la conscience des Bretons : à l’enterrement de Perrot, le druide et ses hommes organisent une cérémonie funèbre païenne, mais, dans le secret de la sacristie, Lainé s’agenouille et baise l’anneau de Mgr Duparc.

 

12h30-13h00 – Discussion

 

 

Sixième session

Racialisation et ethnicisation du religieux : perspectives sociologiques et anthropologiques

 

Présidence : Simona Tersigni (Université Paris-Ouest Nanterre/Sophiapol)

 

14h30-14h50 – Cécile Guillaume-Pey (Iiac/Lahic) : « De l’ ‘‘hindou arriéré’’ à l’ ‘‘animiste’’. Réflexions autour de la construction de la catégorie ‘‘tribu’’ en Inde »

 

En Inde, le terme « tribu » désigne un ensemble de groupes hétérogènes – du point de vue statistique, linguistique, de l’organisation sociale et du mode de vie – qui ont fait l’objet de mesures politiques particulières et ont été globalement opposés aux castes depuis l’époque coloniale. Les administrateurs britanniques, influencés par les théories évolutionnistes, ont classé les populations de l’Inde en croisant notamment des critères raciaux et religieux. Dans les recensements, les dits « tribaux », par opposition aux castes, hindoues, ont d’abord été qualifiés d’« animistes », une catégorie qui disparait après l’indépendance dans la Constitution de 1950. Si ces groupes se sont dotés d’un terme générique pour s’auto-désigner – celui d’Adivasi signifiant « premiers habitants » – certains se réapproprient aujourd’hui la catégorie d’« animisme » pour décliner leur identité. Actifs sur la scène internationale, où ils participent aux débats sur les droits des peuples autochtones, ils brandissent ainsi une catégorie héritée du colonialisme pour asseoir leurs revendications identitaires. Face aux pressions exercées par les nationalistes hindous qui leur dénient le statut d’autochtone et voient en eux des hindous dévoyés, les Adivasi réinventent derrière cette bannière, de nombreuses expressions rituelles par lesquelles ils se démarquent de leurs voisins de caste. On s’interrogera ainsi, dans une perspective diachronique, sur le rôle joué par le religieux dans la construction de la catégorie de « tribu » en Inde et dans la définition d’une identité adivasi aux contours mouvants en opposition à celle de la caste.

 

14h50-15h10 – Alexis Artaud de la Ferrière (Ephe/Gsrl) : « Les communautés africaines catholiques en France. Une fenêtre sur la notion troublée de ‘‘race’’ au sein de l’Eglise »

 

La diversité est une problématique qui soulève des tensions dans les positions et les pratiques de l’Eglise catholique. Selon la doctrine sociale de l’Eglise, les différences d’ethnicité ou de nationalité doivent être subordonnées à l’universalité de la dignité humaine. Pour certains, cette universalité impose l’idée que la condition d’exil est enracinée dans la nature humaine ; le chrétien ne peut s’identifier à aucun lieu, aucune terre, aucun enracinement de type biologique (race), ethnique, national, culturel. Pourtant, d’autres textes insistent sur la richesse humaine que constitue la diversité des peuples et postulent que tout peuple détient des « droits culturels ». Au sein de l’Eglise catholique en France, la problématique de la diversité est abordée par le biais de l’appartenance culturelle ou nationale. Ainsi, les communautés africaines en France sont regroupées dans une aumônerie partagée, ce qui pose question. Cette tension interne est le fruit d’ambigüités dans l’approche à la diversité ; ambiguïtés partagées par l’Eglise et par la société française. L’objet de cette étude est de mieux comprendre le rôle que joue le concept de race dans les pratiques religieuses des communautés africaines catholiques en France, et d’analyser comment la différence raciale est devenue un facteur d’organisation et de différenciation ambiguë dans l’Eglise catholique en France. Il apparaît notamment qu’il existe un écart notable entre les Africains catholiques en France et des responsables ecclésiaux français sur la signification et l’importance de la notion de race.

 

15h10-15h40 – Discussion

 

Pause

 

16h00-16h20 – Marie-Claire Willems (Université Paris-Ouest Nanterre/Sophiapol) : « Socio-sémantique historique des usages du terme « musulman » : processus d’ethnicisation, de racialisation et de confessionnalisation en tension »

 

Mes recherches interrogent le sens donné au terme « musulman » d’un point de vue socio-sémantique historique et contemporain en considérant l’hétéro-catégorisation et l’auto-catégorisation en tant que musulman-e-s. Tout en s’inscrivant dans le champ de la sociologie, elles mobilisent une approche sémantique et historique avec pour objectif d’appréhender le passé et le présent des processus de catégorisation. Dans cette communication, je présenterai donc l’influence des différents cadres d’énonciation socio-historiques sur les représentations de la catégorie « musulman » principalement en ce qui concerne quatre moments essentiels en France : les premiers ancrages du terme « musulman » en langue française, le cadre de l’Algérie coloniale, les guerres mondiales et décolonisations et le tournant des années 1980. Selon les différentes conjonctures sociales et historiques, les usages du terme « musulman » et les processus de catégorisation qu’ils sous-tendent se construisent en tension entre processus d’ethnicisation, de racialisation et de confessionnalisation. Cette présentation permettra donc de proposer des clefs d’analyse pour penser la situation actuelle car, d’un point de vue sociétal, la catégorie « musulman » ne peut être aujourd’hui considérée comme une unique appartenance religieuse. J’interrogerai ainsi le passage d’une catégorie religieuse à une catégorie ethnico-raciale – et vice versa – avec une vision diachronique et synchronique.

 

16h20-16h40 – Benjamin Farhat (Université Paris viii/Legs) : « Le fait scolaire ‘‘ramadan’’ : approcher les dimensions ethnoreligieuses de l’expérience scolaire »

 

Depuis la fin des années 1980, avec les premières « Affaires » du voile et l’émergence du thème de l’ « inculture religieuse », les manifestations de l’ethnicité et du religieux à l’école sont au centre d’un important débat dans la société française, dans les champs politiques, médiatiques et scientifiques. Si les analyses diffèrent sensiblement d’un champ à l’autre, elles proposent une même lecture des réalités scolaires : elles construisent l’ethnicité et le religieux à l’école comme des objets autonomes et distincts, pouvant être pensés séparément, et appréhendent l’un et l’autre comme un « problème » (social, scolaire et culturel), qui serait à la fois la cause et la conséquence des maux qui affectent l’école et la société : la précarité, l’exclusion, la discrimination, le communautarisme, l’échec scolaire, la violence… Les dimensions ethniques et religieuses de l’expérience scolaire sont ainsi enfermées dans les registres de la violence, de la transgression et de la désorganisation. Au travers d’une étude empirique de l’organisation de la fête du ramadan dans l’école (au sein d’un établissement ethniquement ségrégué, concentrant des publics d’élèves musulmans) je me propose de rendre compte des complémentarités et des liens d’interdépendance des processus ethnicisés et religieux, de leur intervention dans la négociation locale de l’ordre scolaire et dans la construction des expériences scolaires des différents acteurs (enseignants, surveillants, chef d’établissement, CPE, élèves). Cette communication, qui repose sur l’étude de la prise en charge institutionnelle (la « contractualisation ») de la pratique religieuse et de son organisation collective par les élèves, me donnera l’occasion d’envisager les dimensions structurantes de l’ethnicité et du religieux dans la détermination de l’ordre.

 

16h40-17h00 – Discussion

 

 

 

Inscription obligatoire : relrac2016@sciencesconf.org

 

Pour plus d’informations, consulter le site du colloque.