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Vu aérienne du cimetière Wadi Salam, dans la ville sainte irakienne de Najaf (sud), le 19 février 2020 / AFP PHOTO HAIDAR HAMDANI

 

 

A la formule rituelle des pèlerins : « Je te visite, ô Prince des croyants », les clercs chiites ont ajouté : « Je te visite, ô Prince des croyants, à distance. »  Dans les circonstances actuelles, avec le confinement, le pèlerinage à distance est aussi valide que le pèlerinage normal assurent les autorités religieuses chiites. Le pèlerinage virtuel, depuis sa maison, grâce au téléphone portable, a acquis sa pleine légitimité. Le pèlerin tend une seule main vers le ciel en récitant les prières et tient de l’autre son téléphone. 

 

C’est à Najaf qu’a été détecté le premier cas de coronavirus il y a trois mois et les lieux de culte sont interdits d’accès. Alors que les chiites du monde entier commémorent le martyre de l’Imam Ali le 21ème jour du mois de ramadan, (14 mai 2020) l’absence des pèlerins en raison de la fermeture des aéroports, de l’interdiction aux non-résidents d’entrer à Najaf et du couvre-feu nocturne, se fait encore plus cruellement sentir là où son mausolée attire chaque année des millions de pèlerins. 

 

Outre les chaînes chiites, qui diffusent des images en direct du mausolée 24 heures sur 24 et les applications permettant de le visualiser en deux dimensions, l’autorité en charge du lieu saint a mis en place un numéro de téléphone gratuit, après un accord avec tous les opérateurs d’Irak. « Que la paix soit sur vous, bienvenue au pèlerinage de l’Imam Ali », récite une voix d’homme enregistrée, avant une minute de silence, le temps de réciter la formule rituelle prononcée habituellement à l’entrée du tombeau. Une petite équipe veille à garder la ligne toujours active. 

 

Les autorités religieuses de la ville ont fermé le mausolée, ne laissant les pèlerins accéder qu’à l’esplanade à ciel ouvert qui l’entoure. Des opérations de désinfection des lieux de culte ont débuté suscitant la polémique concernant le mausolée de l’Imam Ali : pourquoi désinfecter un lieu porteur de pureté par excellence ? Outre ses aspects économiques, le pèlerinage à distance est un défi qui va à l’encontre des rites habituels autour de la tombe de l’Imam Ali et au cimetière de Wadi al-Salam où le contact physique, voire charnel,  est très important pour recevoir la bénédiction tant espérée. Un aspect que la dévotion populaire chiite partage avec les pratiques soufies des sunnites. 

 

Pierre-Jean Luizard (CNRS)

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