Convaincre et convertir l’Occident ?

Trajectoires de lettrés, savants, prêtres et prophètes venus d’Orient(s)

 

English version

 

Le colloque Convaincre et convertir l’Occident ? Trajectoires de lettrés, savants, prêtres et prophètes venus d’Orient(s) propose de réfléchir à la trajectoire d’acteurs non occidentaux venus en Europe et aux États-Unis dans l’idée de présenter des traditions, religions, pratiques ou cultures venues de terres perçues comme étrangères et orientales. En conviant à cette discussion des spécialistes de différentes aires géographiques travaillant sur les trois derniers siècles, l’objectif sera de confronter et de croiser les perspectives de chercheurs ne se rencontrant que très rarement du fait de l’éloignement de leurs terrains et des langues qu’ils pratiquent. En privilégiant les discours tenus en langues européennes et les pratiques sur le territoire occidental, il s’agira autant de décloisonner des recherches souvent conduites dans le cadre de spécialisations aréales, qu’offrir un corpus directement accessible à tous, et s’ouvrant sur une histoire globale, et même connectée, de la réception en Europe et aux États-Unis de traditions venues d’un ailleurs longtemps ignoré, rêvé, conspué, et surtout dominé.

 

Depuis la fin du XIXe siècle, la progressive domination politique de l’Occident sur le reste du monde s’accompagna d’une diffusion de dogmes, de savoirs, sans parler de catégories d’intellection. La mission civilisatrice dont se pensait investie une partie de l’Europe ouvra la voie à une diffusion des Evangiles mais aussi à des pratiques, des modes de connaissances et des concepts qui participèrent à des mutations, transformations, réformes et révolutions au sein des traditions intellectuelles et religieuses locales. Islam, Hindouisme, Bouddhisme, Confucianisme, et nombre de traditions sans nom furent contraints de se réinventer ou de reformuler un discours sur soi. Cependant, le renforcement d’une asymétrie référentielle dans la production des savoirs et des croyances n’impliqua pas qu’un mouvement vers l’Orient. Par un effet de retour, ces traditions dites orientales cherchèrent à s’exporter vers de nouvelles latitudes sous les habits de religions, de philosophies, de spiritualités, voire de doctrines politiques susceptibles de suppléer à un manque diagnostiqué en Occident. D’aucunes professèrent pouvoir corriger les défauts d’un monde moderne voué à la disparition.

 

Afin de couvrir ces discours à travers les évolutions des cadres politiques et des structures de domination épistémologiques entre les périodes de la colonisation, de la Guerre froide, et les décennies les plus contemporaines, les présentations pourront se situer sur une chronologie ouverte jusqu’à l’actualité. Historiens, anthropologues, sociologues, et spécialistes de la littérature seront de plus invités à croiser leurs approches afin d’offrir un kaléidoscope de perspectives sur ces entreprises missionnaires tournées vers l’Occident moderne, entreprises qui n’ont été que très rarement considérées de manière transversale et globale.

 

 

Les communications de cette journée tâcheront d’articuler plus particulièrement les deux thèmes suivants :

 

1. La généalogie des discours voulant révéler l’Orient ou des Orients : on s’intéressera tout particulièrement à la manière par laquelle la diffusion de doctrines auprès de populations occidentales fut tributaire de la présence, voire de la construction de réseau d’individus et d’institutions, mais aussi de filiations intellectuelles. Chemin faisant, on interrogera surtout la trajectoire de ces acteurs et missionnaires qui durent souvent construire leur discours en fonction d’un public occidental, mais aussi des structures sociales et idéologiques dans lesquels ils se trouvaient dans leurs pays d’origine. On pourra également procéder à une analyse de la sociologie politique de ces acteurs qui tout en étant les apologues de traditions locales n’ont pas toujours été, et ne sont pas nécessairement les représentants les plus orthodoxes desdites traditions.

 

2. Les méthodes employées pour convaincre et faire croire les Occidentaux non seulement à un contenu doctrinal exotique, mais également au fait que l’Occident puisse avoir à apprendre quelque chose de l’étranger. Seront questionnés non seulement les médias par lesquels le message fut diffusé, mais aussi l’appareil conceptuel utilisé pour communiquer sur un système doctrinal étranger, et l’ensemble de rites et de pratiques sociales qui lui sont associés. On considérera quelles furent les notions employées par ces acteurs historiques pour pluraliser la pensée européenne, tout en critiquant son hégémonie : parlèrent-ils de « religion », de « philosophie », de « sagesse », de « spiritualité », de « culture », ou encore de « civilisation » ? Quid des notions originaires de ces traditions – que l’on pense à karma, Dao, ou Ubuntu ? La question du vocabulaire de ces hommes et de ces femmes sera mise en avant.

 

Dans cette logique, une attention particulière sera donnée aux enjeux de construction identitaire et aux objectifs concrets de ces acteurs souvent rabaissés à leur prétendue origine « orientale », « coloniale », « barbare », « sauvage », « à demi civilisé », « issu du tiers-monde », de « pays du sud », ou de « pays en voie de développement ». Ainsi l’objectif de cette journée sera d’ouvrir de nouveaux questionnements sur la circulation de ces individus vers l’Occident, et considérer ainsi ce que signifiaient et signifient encore les entreprises prosélytiques et apologétiques de ces hommes et ces femmes à la croisée de mondes socioculturels très différents.

 

Langues : Français / Anglais

 

Responsable : Dr Joseph Ciaudo (Postdoctorant Hastec)

 

Institutions organisatrices : UMR GSRL / Labex HaStec / IFRAE / CEIB

 

Calendrier :

Les propositions de communications (en anglais ou en français) d’une longueur maximum de 400 mots ainsi qu’une présentation de l’auteur (100 mots maximum) sont à envoyer au plus tard le 15 février 2019 à l’adresse convertir.occident@gmail.com.

Les réponses seront données à partir du 10 mars 2020.

Le colloque se tiendra les 11 et 12 juin à Paris.

 

Publication :

Les communications présentées feront, pour celles et ceux qui le désirent, l’objet d’une publication dans un ouvrage collectif.